Chaque année, le programme de reconnaissance d’AlterGo souligne le travail d’organisations qui facilitent l’accès au sport au loisir et à la culture pour les personnes ayant une limitation fonctionnelle.
Le prix Création Mon rêve est remis annuellement à un organisme qui facilite l’accès à des activités de pratique artistique amateur à des personnes ayant une limitation fonctionnelle.
En 2025, le prix a été remis au Théâtre Déchaînés, compagnie de théâtre professionnelle qui travaille avec des artistes ayant une limitation fonctionnelle et offre des activités de médiation variées.
On a parlé avec Marie Ayotte, directrice générale et codirectrice artistique du Théâtre Déchaînés, pour en apprendre plus sur le projet réalisé grâce au prix ainsi que l’importance du prix Création Mon rêve pour les organismes comme le sien.
Pouvez-vous commencer en nous expliquant la raison d’être de votre organisation, le Théâtre Déchaînés, en quelques mots?
Tout le monde devrait avoir accès aux arts et à la culture, mais que ce soit pour des raisons de diversité fonctionnelle, d’âge, de géographie, d’incarcération ou de réalité de vie, énormément de gens n’ont pas accès à leur citoyenneté culturelle. On crée du théâtre qui change ces données-là.
Quel projet est-ce que le Théâtre Déchaînés a réalisé dans le cadre du prix Création mon rêve?
C’est une activité participative, avec des citoyennes et citoyens dits de la diversité fonctionnelle vivant diverses réalités. Il y a des gens sourds, aveugles, neuroatypiques, en situation de handicap dans le groupe qui créent des monologues ou dialogues qui seront ensuite présentés devant public.
Comment ce projet se différencie de vos autres projets?
C’est notre première cohorte qui n’est pas de la médiation, mais qui est vraiment du loisir de création complet.
C’est aussi la première fois qu’on a autant de personnes accompagnatrices pour un projet. Il y en a 3, dont une interprète en langue des signes québécoise, en plus de ma collègue Andrée-Anne [Giguère, co-directrice artistique].
Pourquoi vous vouliez offrir ces ateliers de création? Quel est le processus?
C’est relativement rare des cours de création avec des personnes ayant différentes limitations fonctionnelles et qui sont adaptés à leurs besoins.
Le processus est vraiment intéressant, ça porte beaucoup sur comment on réfléchit ça pour assurer le bien-être et la participation de tout le monde. C’est sûr que ce n’est pas tous les exercices qui conviennent à tout le monde. Le prochain leur conviendra, mais il y a toute une réflexion sur comment créer une communauté serrée à travers tout ça.
On travaille beaucoup avec l’odeur comme lien entre les différentes personnes.
L’odeur?
Ouais, donc on est en train de travailler sur des « scratch and sniff » [grattez et sentez] pour la présentation. Parce qu’une personne sourde, une personne aveugle et juste les personnes en tant que telles avec leurs propres intérêts et personnalités ne vont pas avoir les mêmes besoins. Mais ce qui était commun à un groupe comme celui-ci, c’était l’odorat.
Et ce que j’entends, c’est que ça donne vraiment de beaux moments d’entraide et de réflexion sur d’autres réalités.
Donc, les participants et participantes apprécient leur expérience?
Au meilleur de mon savoir, oui! Même pendant notre pause cet été, Andrée-Anne recevait leurs monologues, ils avaient des conversations, ils demandaient des devoirs pour être sûrs de ne rien manquer. C’est vraiment un beau groupe intergénérationnel, entre 26 ans et 82 ans. Et l’approche permet d’avoir différents points de vue, différentes idées sur la création.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous inscrire au prix Création Mon rêve? Selon vous, pourquoi d’autres organismes devraient faire la même chose?
C’est vraiment un merveilleux prix pour réfléchir à comment inclure les personnes de la diversité fonctionnelle au cœur même d’une œuvre de création.
Ça peut faire toute la différence pour mettre un projet sur pied, pas juste monétairement, mais aussi d’avoir le coup de pouce pour le faire.
Nous ça faisait plusieurs années qu’on aspirait à créer un projet comme ça, mais on n’avait pas eu la possibilité encore. Puis, on a remporté ce prix, alors ça nous a donné l’élan pour le faire.
Et maintenant, c’est vraiment un projet de loisir qu’on veut continuer, parce qu’on a eu tellement de demandes qu’on aurait pu remplir 4 cohortes quand on a fait l’appel d’inscription.
Le prix Création Mon rêve est accompagné d’une bourse et permet de présenter le projet dans une salle du réseau des Maisons de la culture gratuitement, comment est-ce que ça facilite la tenue du projet?
On n’aurait pas pu faire le projet sans le prix Création Mon rêve. Soyons très transparents, c’est un projet qui coûte le double, le triple, surtout tout l’accompagnement. Ça nous a beaucoup aidés, puis ça nous a montré le besoin pour ce genre de projet où les citoyens et citoyennes sont maîtres de leur création et peuvent explorer diverses façons de créer.
On a été très chanceux, les maisons de la culture nous ont accueillis pour faire nos ateliers dans leurs locaux. Puis, une présentation aura lieu le 30 octobre à 18h30 à la Maison de la culture Janine-Sutto.
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