Jeudi, 4 Juin, 2020 - 14:58

Dans le cadre de la semaine des personnes handicapées, nous vous présentons le portrait d’une jeune femme impliquée : Maude Massicotte!

Agente de communication chez le ROSEPH; Membre du conseil d’administration des organismes Ex æquo, Fondation MoonChild, la ressource Propulsion; Co-fondatrice et directrice bénévole de l’organisme DéfPhys Sans Limite; Formatrice et marcheuse pour Formation AlterGo; Ancienne ambassadrice Jeunesse 375Mtl… Maude Massicotte, est-ce qu’on en oublie?

Il n’en manque pas beaucoup! (Rires) Je suis pas mal active!
 

Pour ce qui est de ton rôle de formatrice avec AlterGo, quelle formation enseignes-tu?

Je les enseigne toutes. Je suis formatrice chez AlterGo depuis 3 ans. Je donne les diverses formations d’accueil des personnes ayant une limitation fonctionnelle, les formations d’accompagnement en loisir et les formations sur l’accessibilité universelle.
 

Tu es aussi marcheuse pour AlterGo, un terme que peu de gens connaissent : peux-tu nous résumer ce que ça signifie?

Être marcheur, c’est faire des marches exploratoires, c’est-à-dire aller évaluer l’accessibilité d’un lieu. Je me déplace donc physiquement pour visiter un endroit spécifique et je vérifie si j’éprouve des difficultés à accéder à certains locaux, par exemple. Je dois me concentrer sur mes propres limitations seulement, qui sont d’ordre moteur et auditif, puisque d’autres marcheurs seront mieux placés que moi pour connaître les défauts d’accessibilité d’un lieu selon d’autres limitations.
 

Comment vis-tu le confinement et la distanciation sociale?

Ça se passe quand même bien! Le télétravail est implanté chez moi depuis plusieurs années, donc la transition a été assez douce. C’est sûr que les contacts sociaux, ça me manque beaucoup, autant les colloques, que les formations et tous les événements auxquels je participais physiquement. Le confinement a frappé plus durement mon organisme, DéfPhys Sans Limite, qui organisait des activités en mettant en place l’aide nécessaire pour que les personnes ayant une limitation fonctionnelle puissent y participer. On avait déjà de la difficulté à obtenir du financement pour payer les accompagnateurs et les besoins pour l’administration de l’organisme. Là, avec la distanciation, payer pour des items sanitaires, des services de nettoyage, etc., c’est impossible pour nous. On a un peu peur d’être oubliés dans tout ça. Beaucoup de services d’accompagnement ont d’ailleurs été coupés. Je pense qu’il va falloir tout réorganiser, que ça va laisser des traces et transformer les façons de faire dans les prochaines années.
 

As-tu une anecdote qui illustre bien un enjeu que tu rencontres fréquemment par rapport à ton handicap?

On se fait parfois prendre pour des objets ou on se fait définir par notre handicap. Je suis avant tout une personne. Mon handicap est une partie de moi, sans me définir entièrement. Il faut rappeler aux gens que ce qui est handicapant pour nous, ce n’est pas notre limitation, mais le fait que la société n’est pas adaptée à nous. Les obstacles sont beaucoup plus externes qu’internes. C’est pour ça que c’est important pour moi d’être active, oui dans les milieux qui travaillent pour l’inclusion des personnes handicapées, mais aussi en-dehors, en me formant dans d’autres sphères (féminisme, entrepreneuriat, etc.), ce qui me permet de faire de la sensibilisation en même temps.
 

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite aussi faire une différence dans la vie des personnes en situation de handicap?

De commencer par les traiter comme tout le monde. Le premier pas vers une société plus inclusive, c’est de combattre ses propres biais. Le mot « handicap » a encore une connotation plutôt négative. Les personnes qui ont un handicap sont « gérées » par le gouvernement et sont vues comme des charges supplémentaires, alors que nous participons pourtant au développement de la société! Il reste encore beaucoup d’éducation à faire, alors aussi bien commencer par soi-même.
 

Pourrais-tu nous parler d’une erreur commune que la population fait trop souvent envers les personnes ayant une limitation fonctionnelle ou envers toi?

On me dit : « T’es belle! », mais d’une façon un peu… comme une insulte déguisée en compliment, qui veut dire : « Tu es belle… pour une personne handicapée », comme si tous les handicapés étaient nécessairement laids! Ou « C’est plate que tu sois handicapée, parce que tu es vraiment belle. » Ok…?

En plus, je suis une femme entrepreneure et j’ai l’air jeune, donc on ne me prend pas toujours au sérieux. C’est frustrant. On est aussi à une époque où la « diversité » (et la lutte pour les droits des groupes sociaux marginalisés) est un peu glamourisée, et ça me fait me questionner sur certaines invitations à m’exprimer que je reçois. Est-ce qu’on m’invite à me prononcer parce qu’on trouve que ce que j’ai à dire est important et intéressant? Ou si je suis seulement là pour faire bien paraître un colloque exclusivement composé d’hommes, par exemple?
 

De quelle réalisation es-tu le plus fière dans ta vie, jusqu’à maintenant?

DéfPhys Sans Limite est un projet vraiment important dans ma vie et j’en suis très fière. Mais je dirais que, globalement, je suis contente d’avoir une vie épanouie et indépendante, malgré tout ce qu’on a pu me dire pour me décourager (et me faire croire que je n’aurais jamais une vie « normale »). Avec ou sans handicap, je resterais fière d’avoir une vie aussi active.
 

Quels sont tes projets dans un futur rapproché?

Étant donné l’arrêt des activités de DéfPhys Sans Limite, nous en sommes à revoir comment nous allons poursuivre notre mission avec cette crise sanitaire qui persiste. Nous comptons axer le tout vers des activités de sensibilisation. Comme je l’ai mentionné plus haut, militer pour une meilleure accessibilité universelle et pour les droits des personnes handicapées passe par l’apprentissage, et je pense que DéfPhys Sans Limite pourrait débuter de nouvelles activités en ce sens.
 

Préférences en rafale :

Un repas : Tacos

Un livre : Et si c’était vrai… (Marc Lévy)

Un mot : Persévérance

Un talent : Création

Un plaisir coupable : Chocolat

Un(e) artiste : Banksy

Un lieu : Bord de l’eau